L’Arrière-monde

Nous connaissons très peu de choses sur ce qui est « en bas », ce monde dans lequel Wadé a séjourné pendant près d’un siècle.
Au travers de son récit, Wadé nous permet d’entrevoir cet « Arrière-monde ».

« Ce jour-là, plus que jamais, je sus que j’allais mourir. Nous n’étions plus que quelques survivants. Nous connaissions l’enfer. C’était ici, sous une pluie d’obus et de balles de mitrailleuses que la mort patientait en embuscade, tapie derrière ces palissades de terre. Prête à nous assaillir.


Une explosion, un éclair, le souffle. Le silence s’installa.

Je repris connaissance quelques secondes plus tard… Le temps s’arrêta, tout s’obscurcit autour de moi. Je vis au fond de la tranchée une faille incandescente déchirer le sol avec l’agilité d’un serpent. Elle se dirigeait dans ma direction, elle m’avait choisi.

Le moment présent fit jaillir des images du passé. La cérémonie vaudou qui m’avait effrayé quand j’étais enfant. Cette lumière aveuglante, je la reconnaissais. L’atmosphère était la même : lourde, oppressante, saturée d’odeurs métalliques et soufrées. Ces événements étaient liés. Mon destin devait être écrit depuis ma plus tendre enfance. Ma mère en était soit la cause soit la première victime. Mais cela n’avait plus d’importance…

Alors que mon corps à terre tentait vainement de fuir, mon esprit résigné avançait dans la gueule du monstre. Je lâchais prise. Une langue de feu s’échappa de la faille. Elle me saisit. C’était la fin…

À mon réveil, je sentis mon corps meurtri, brûlé, lacéré. Mes yeux fixaient l’abysse obscur que je devinais sous moi. Il y avait ces respirations caverneuses, ces râles étouffés que je pouvais discerner. Ils venaient de très loin, d’en bas. Des centaines de torches flottaient dans l’air. Ces lueurs inutiles n’arrivaient même pas à percer l’obscurité.

Mes yeux s’entrouvraient peu à peu. Je devinais des formes gigantesques sortant de l’ombre. Et elles me regardaient… »

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