Informations militaires rassemblées sur le tirailleur Wadé

Les archives militaires du Service Historique de la Défense à Vincennes mentionnent le tirailleur Wadé dans les effectifs du 67e bataillon de tirailleurs sénégalais (BTS) dès les premiers mois du conflit, simple tirailleur dans la 6e section de la 1ère compagnie. Le 67e est engagé dans la guerre et le front occidental lors de la première bataille d’Ypres en Belgique dès octobre 1914, subissant de lourdes pertes, les tirailleurs manquant de repères, d’entraînement, mais également d’un encadrement expérimenté. Plusieurs rapports notent l’absence notamment de sous-officiers de carrière pour diriger les sections ; certaines tombent sans avoir tiré un seul coup de feu, fauchées par la mitraille ou l’artillerie allemande terriblement précise. Si les pertes enregistrées – mais classées confidentiel défense – sont conséquentes, le tirailleur Wadé semble en avoir réchappé.

On trouve mention de son nom le 24 octobre 1916, dans le secteur de Douaumont, où des éléments du 67e intègrent provisoirement le 43e BTS et de deux compagnies de Somalis. Ces éléments, renforçant le régiment d’infanterie coloniale du Maroc, parviennent à prendre les tranchées allemandes sur une profondeur de deux kilomètres et occupent le fort de Douaumont. Dans cette offensive victorieuse, le tirailleur Wadé et un sous-officier du 67e BTS, le sergent Camille Gascoin, s’emparent d’une mitrailleuse ennemie, faisant prisonniers les trois servants et leur officier. Ce fait de guerre lui vaut son galon de soldat 1ère classe, le sous-officier étant quant à lui cité à l’ordre du bataillon.

En 1917, le bataillon de Wadé – ou du moins ce qu’il en reste après l’année 1916 – est dirigé par un nouvel officier, le commandant Corneloup. Tout comme le 66e BTS et le 70e BTS, il fait désormais partie du 57e Régiment d’Infanterie Coloniale (RIC). Ce régiment a rejoint le camp d’instruction de Fréjus-Saint-Raphaël (archives SHD, Vincennes, carton 16N 84). Ils sont ainsi 17.000 tirailleurs coloniaux, stationnés dans le sud de la France, dans le cadre dit de « l’hivernage », pratique consistant à préserver les combattants coloniaux des rigueurs de l’hiver. Mais le mercredi 21 février 1917, considérés comme « des troupes de choc », plusieurs compagnies du 57e RIC partent précipitamment dans la nuit pour le front. Une longue remontée en train militaire qui a pour objectif de renforcer les premières lignes françaises et britanniques ; le renseignement étant conscient d’une offensive générale allemande imminente, nom de code Alberich, dans le secteur entre Laon et Douai, face à la Ve armée britannique.

Le mardi 27 février 1917 à 23h47, nuit de « l’événement » mentionné par le seul témoin, un jeune officier français, le lieutenant Victor Lafarge – qui disparaît lors d’une embuscade le 1er mars 1917, son corps ne sera pas retrouvé –, le tirailleur Wadé se trouve engagé avec sa compagnie dans la défense d’une tranchée, auparavant tenue par les troupes britanniques. Le pilonnage de cette tranchée, observé par le lieutenant Lafarge qui rendra compte ensuite des pertes, demeure inexpliquée, en raison de la position excentrée et peu stratégique de l’endroit. Le rapport de Lafarge n’a pas été totalement retrouvé dans les archives, en dehors du passage où il raconte « l’événement ». Quant à la tranchée et son emplacement précis, il est à ce jour indéterminé malgré les tentatives de reconstitution par les historiens, la tranchée en question ayant été comblée dès le 29 février par les troupes du génie, sans raison apparente, en lien semble-t-il avec la préparation d’une offensive alliée que souhaite vivement le Grand Quartier Général désormais sous commandement du général Nivelle.

Laurent Albaret

Commenter